Violence policière aux Antilles: Un contrôle routier qui tourne mal

Loin de l’effervescence de l’affaire Adama Traoré, la Guadeloupe est aussi le théâtre de violences policières dont les coupables ne sont jamais réellement inquiétés.

5 min

En Guadeloupe, le 13 mars a marqué 100 jours depuis le décès de Claude Jean-Pierre, un homme de 67 ans, hospitalisé d’urgence des suites d’un contrôle de gendarmerie du 21 novembre 2020, le visage couvert d’hématomes et deux vertèbres cervicales fracturées, dont l'une comprimant sa moelle épinière.

Une plainte a été déposée par les avocats de la famille et s’en est suivi l’ouverture d’une information judiciaire contre X du chef d'homicide involontaire. Les deux gendarmes n’ont à ce jour pas été auditionnés, mais grâce au miracle de la technologie, il existe un témoin : le système de vidéosurveillance de la commune de Deshaies, ou se sont déroulés les faits, qui a capturé l’incident.

À la suite du visionnement de la vidéo, l’interprétation du Procureur de la République Xavier Sicot et celle de la famille Jean-Pierre et ses avocats divergent. L’un parle de conduite hésitante d’un homme sous l’emprise présumée de l’alcool et d’une résistance aux forces de l’ordre engendrant un malaise, alors que les autres y voit un homme conciliant se faire violemment extraire de son véhicule.

La vidéo n’a pas été rendue publique pour l’instant. On peut néanmoins reconnaître dans le discours du procureur un langage propre aux affaires de bavures policières ; il porte plus ou moins subtilement la responsabilité de la mort, non pas sur le compte de l’accident mais sur la victime elle-même, et appelle à la sympathie envers les dépositaires de l’autorité : « Gendarme n’est pas un métier facile » dit-il.

Autour de cette affaire s’est formé le Kolèktif Gwadloup Kont vyolans a Jandam en quête de vérité et de justice pour la famille Jean-Pierre, et plusieurs manifestations de soutien ont déjà eu lieu.

Il est intéressant de constater qu’en Guadeloupe, comme précisé dans le nom du collectif, les violences policières sont historiquement et encore aujourd’hui bien souvent le fait de bavures militaires (vyolans a Jandam = violence des gendarmes).

Le souvenir du meurtre, en 1985, de Charles-Henri Salin, 17 ans, en pleine rue, par le Maréchal des logis Michel Maas, promu adjudant dans les semaines qui suivirent; est encore vif dans la conscience collective guadeloupéenne. Le lycéen, rentrant du cinéma, avait été transpercé par trois balles de pistolet mitrailleur en plein thorax. Le gendarme, reconnu coupable d'avoir «provoqué la mort sans intention de la donner», est acquitté pour « motif légitime » : il pensait que le jeune homme avait une arme dans son cartable. Ce n’était, bien sûr, pas le cas.

Le massacre de mai 1967, au cours duquel la répression menée par les forces de gendarmerie de mouvement sociaux, enflammés par des incidents racistes, s’est soldé par une hécatombe. Longtemps passé sous silence, alors que le gouvernement faisait état de 8 morts à l’époque des faits, on sait aujourd’hui qu’ils dépassent, peut-être largement, la barre des cents. 

Ces dernières années l’usage de vidéo a permis d’exposer les pratiques douteuses de plusieurs représentants des forces de l'ordre. Hélas dans de nombreux cas, il semblerait qu’il y ait un décalage horaire entre la Guadeloupe et la justice française.


Site WebInstagram
Par
Mégane Bartan
le
13
April
2021
Rubrique:
Conversations