Mahamadou Issoufou, l'heure du bilan

Avec une passation des pouvoirs réussie entre deux présidents élus, l’heure est au bilan des réalisations du régime Issoufou.

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Une décennie (2010-2020), c’est le temps dont a disposé le Président nigérien Mahamadou Issoufou pour réaliser ses promesses électorales. Maintenant qu’il a officiellement scellé la première alternance démocratique du pays et confié les rênes du pays à un autre Président élu; il nous importe de faire la comparaison entre ce qui était écrit dans son programme pour la Renaissance du Niger et ce qui a été réalisé durant son mandat.

Beaucoup sont d’avis que l’échec majeur du gouvernement Issoufou est dans le domaine de la sécurité des personnes et des biens. C’est vrai que lorsque l’on constate la progression fulgurante de l’insécurité et de la menace terroriste dans le pays au cours des dernières années; il est facile d’accuser le régime Issoufou d’avoir failli à la mission qu’il s’était donné d’assurer la Sécurité des Personnes et des Biens sur toute l’étendue du Territoire national. Cependant, quiconque connaissant la réalité de la crise sécuritaire dans la région du Sahel a conscience que le gouvernement nigérien a tenu le cap en dépit des faibles moyens dont dispose l’État en matière de sécurité intérieure. Les allocations budgétaires au secteur de la Défense et de la Sécurité ont été augmentées et représentent en moyenne 17% du budget de l'État nigérien. 

Pour un pays économiquement aussi faible comme le Niger, allouer une part aussi importante de son budget pour les dépenses de sécurité demande un immense effort d’arbitrage budgétaire afin d’éviter la crise économique et sociale. Par ailleurs, une importante réussite du régime dans ce domaine réside dans le fait que l’effort financier pour la sécurité intérieure n’ait pas eu grand impact sur la croissance économique du pays. 

Le Niger a en effet connu une forte accélération de sa croissance économique (6,3% en 2019) durant les années Issoufou. Les investissements publics ont été nombreux avec notamment la construction de nouvelles infrastructures (universités publiques, hôpitaux de référence, etc) dans les grands centres urbains et l’amélioration du réseau routier national. C’est un point qu’il est important de souligner même si cela n’efface en rien le fait que le niveau de pauvreté est toujours aussi important dans le pays et touche plus de 41,9% de sa population (estimation de la Banque Mondiale). 

Mais c’est en matière d’amélioration de l'accès à la justice et de la qualité des services judiciaires, que le mandat du président n’est pas reluisant. Parce que ce que l’on retient du passage de Mahamadou Issoufou a la tête du Niger, c’est aussi les multiples arrestations d’opposants politiques et de journalistes ainsi que les nombreux scandales de corruption auxquels son gouvernement a dû faire face. Au cours de ces dix dernières années, plusieurs associations et ONG ont dénoncé les entraves du régime Issoufou à la démocratie et aux libertés publiques.

Ce n’est pas sans raison. Outre les arrestations d’opposants au régime comme Hama Amadou, les années Issoufou ont aussi fait l’objet d’arrestations de journalistes. Les arrestations d’Ali Soumana et de Samia Sabou après la grande affaire de surfacturation d’équipements militaires qui a coûté près de 50 millions d’euros à l’Etat Nigérien selon le Parquet de Niamey; ont contribué peu à peu au recul de la liberté de la presse dans le pays. 

C’est d’ailleurs cette grande affaire de surfacturation de matériel et d’équipement militaire qui justifie avec d’autres affaires de corruption aux hautes sphères de l’État; que le département de la justice est probablement la plus grande faille du gouvernement Issoufou. Entre des scandales de corruption dont les coupables n’ont jamais été inquiétés et des arrestations arbitraires d’opposants et de journalistes; la justice est la grande ombre au tableau du bilan du mandat Issoufou. 

Difficile en conséquence d’utiliser les termes de “leadership exceptionnel” employé par le comité du Prix Ibrahim 2020 pour qualifier la Présidence de Mahamadou Issoufou. Impossible aussi de dresser un bilan totalement négatif de celui qui est désormais entré dans l’histoire comme le premier président nigérien démocratiquement élu a effectué une passation pacifique du pouvoir à un autre Président élu. La forte croissance économique enregistrée sous ses deux mandats est un fait parmi d’autres qui témoignent en faveur du Président. Pour trancher entre le bilan positif que réclament les partisans du régime Issoufou et le constat amer des membres de l'opposition, nous allons user d’une bonne vieille tactique rhétorique politicienne: donner sa langue au chat.

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Par
Alharrou Diaouré
le
13
April
2021
Rubrique:
Opinions