Engagés pour l’égalité : le féminisme au Mali

Le chemin est encore long au Mali pour ce qui est de l’égalité devant la loi et la participation des femmes aux prises de décision.

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Le Mali n’est certainement pas le pays le plus égalitaire au monde. D’ailleurs rares sont les maliens qui ont le courage de se définir comme féministes. Le discours féministe est quasiment absent dans la sphère privée mais il l’est aussi malheureusement au sommet de l’État. De tel sorte que le Ministère en charge de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille est considéré par beaucoup comme une façade que le gouvernement utilise pour renforcer l’apparence d’un état démocratique engagé pour l’égalité afin d’être davantage éligible à l’aide internationale. Triste constat mais essayons de comprendre pourquoi beaucoup en sont arrivés à cette conclusion. 

Dans l’espace public et médiatique, l’on constate que le discours féministe et la question du droit des femmes n’apparaissent qu’en fonction de l’agenda international. La thématique de la place des femmes dans la société malienne n’est débattue sur les plateaux télévisés et sur les ondes des radios nationales, qu’au début du mois de mars (merci à la journée du 8 mars) ou lorsqu’intervient un drame relatif à ce sujet. En des termes plus simples, au Mali on ne discute publiquement du droit des femmes que lorsque les violences conjugales virent au drame ou alors au cours des conférences/débats organisés pour la journée du 8 mars.

En ce qui concerne le contenu des débats entourant la thématique du droit des femmes, certains sujets qui sont d’actualité dans le reste du monde, ne semblent pas encore être à l’ordre du jour au Mali. Pas de réel débat sur la sécurité des femmes dans l’espace public, ni sur le harcèlement en milieu professionnel et surtout pas sur leur intégrité corporelle. Concernant ce dernier point, il faut savoir que le droit à l’avortement n’est toujours pas garantit par la Constitution malienne alors même que les avortements clandestins sont monnaie courante dans le pays et que des centaines de jeunes filles meurent chaque années des suites de complications dues à un avortement.

L’égalité hommes-femmes, revendiquée par des millions de personnes à travers le monde n’a toujours pas d’écho dans les administrations maliennes. On ne s’étonne donc pas d’apprendre qu’au sommet de l’État, les femmes ne représentent que 9% des députés et qu’aucune femme n’ait jamais présidé l’Assemblée Nationale du Mali. Un chiffre consternant lorsque l’on connaît la contribution des femmes maliennes aux luttes politiques du pays. La chute du dictateur Moussa Traoré et l’avènement de la démocratie au Mali n'auraient jamais pu se faire sans l’immense mobilisation des femmes du pays. Comment donc expliquer qu’elles soient si peu nombreuses dans les instances de décision du pays?  

Et si on essayait de répondre à cette question en faisant cette fois-ci le point sur les obstacles à l’implication massive des femmes en politique et leur représentation dans les hautes instances décisionnelles. 

Il y’a d'abord le poids de l’influence des facteurs socio-culturels sur le statut même de la femme au Mali. Sur une terre où règnent encore le culte du  “soutoura” et du “mougnou ni sabali”, les ambitions féminines se terrent dans le silence et l’on ose pas vouloir plus pour sa vie professionnelle. 

Mais il n'y a pas que la société malienne qui a encore beaucoup à offrir à ses femmes; l’État leur doit aussi davantage de protection. Le cadre législatif national a encore en 2021 énormément de lacunes en ce qui a trait au droit des femmes. Seuls les engagements internationaux n’ont semblé compter aux yeux de l’État malien au cours des dernières décennies. Des engagements envers la communauté internationale qui continuent de se buter à l’intolérance de la majorité d’hommes élus à l’Assemblée Nationale et de certains leaders de l’opinion nationale. En 2006, le Mali qui à l’instar d’autres pays africains avait introduit l'institutionnalisation de la discrimination positive en adoptant les dispositions de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF); a vu être rejeté par l’Assemblée nationale un projet de loi accordant un quota de 30% de place aux femmes sur les listes électorales au motif qu’il n’est pas conforme à la Constitution. Voici l’argument qui avait alors été avancé par les députés: la Constitution prône “l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion”. Mais heureusement, ce projet de loi sera finalement adopté en 2015 sous le nom de loi 052 du 18 décembre 2015. La conséquence directe de cette adoption a été qu’aux législatives de 2020, 42 femmes ont été élues députées sur 147; une première pour le pays. 

Plus récemment, en cette fin décembre 2020, une ministre de la République malienne a dû abonner un projet de loi garantissant plus de droits aux femmes parce qu’un leader religieux influent n’était pas content. Cette triste actualité pèse énormément dans l’esprit des maliens engagés pour l’égalité car ce n'est guère la première fois qu’une révision constitutionnelle fait face à l'intolérance des leaders religieux. Sous le régime du Président Alpha Oumar Konaré, avait été élaboré le projet de révision du code des personnes et de la famille. Deux autres présidents élus et deux Coups d’État plus tard, le dossier n’a toujours pas avancé. Ce projet de loi majeure pour la place des femmes dans la société malienne, continue d’être dépoussiéré à chaque fois qu’un nouveau régime s'installe à Koulouba; mais est encore et toujours reporté face à l’intolérance de certains esprits conservateurs. 

Pour toutes ces raisons, ceux et celles qui sont engagés pour l’équité des genres au Mali en sont encore à se poser les questions suivantes: 

Pour quelles raisons un pays laïc comme le Mali se trouvent obligés de renoncer à des projets de loi pourtant conformes aux principes de l’islam, à cause de l’intolérance de quelques leaders religieux à l’ingérence politique facile?

Quel message envoie un État à celles qui constituent pourtant plus de 51% de sa population, en les privant continuellement de droits nécessaires à leur épanouissement socio-économique?

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Par
Alharrou Diaouré
le
13
April
2021
Rubrique:
Conversations